Dans les pavés la plage

"Un jour sur une plage…

des os d’oursins échoués par centaines. Leur pâle beauté fantasmagorique… un soleil minéral… inscrits dans cette histoire que les pavés parisiens m’ont toujours raconté"

 

Véronique Vaster

Photo © Claire Estryn

Sédimentation d’un rêve, traces, fil rouge attaché à un fragment de film qui déroule le temps

de mai 68 à mai 2008, ce rêve est composé en 33 parties en résine époxy.

"Les pavés sont opaques, durs, en granit. Cela montrait à quel point il était possible en 68 d'avoir une force, une véritable réaction/action, quelque chose qui vient de sous les pavés, puisse les soulever. Ils sont pris, utilisés, jetés. Ils font partie d’un élément qui n’est pas intégré.

 

Là, j’ai mis la plage à l’intérieur des pavés. Je pense que l’on est à une époque où l’on intègre les valeurs de 68. C’est l’utopie. Ce n’est pas pour autant qu’on les vit davantage, mais en tant qu’individu, on a eu la possibilité d’intégrer l’utopie.
Moi, je l’ai fait dans mes pavés, j’ai intégré la plage. C'est-à-dire que cette utopie fait partie de moi, même si je ne la vois pas forcément à l’extérieur. Je la vis à travers mon art.

 

J’ai inscrit cette histoire à l’intérieur de pavés translucides en résine, moulés d’après un pavé de granit. Le pavé a, sur cinq de ses faces, la matière du granit, ainsi qu'une face translucide dans laquelle on voit ce qui se passe à l’intérieur : un oursin dans chaque pavé, un os blanc, que j’ai trouvé sur une plage. J’ai teinté cet os blanc d’or, de carmin, d'outremer, de cobalt. Je l’ai inclus dans de la résine, avec un petit losange de film attaché par un fil rouge. Le film représente un morceau de l’histoire qui n’est pas révélée, qui est là, présente. Le fil rouge relie les pavés les uns aux autres. 

Lors de l'exposition "anniversaire" des 40 ans de mai 68, plusieurs couples s'étant sont connus à cette époque ont acheté un pavé en souvenir de leur jeunesse soixantuitarde. Ces inconnus sont maintenant reliés entre eux, c’est une belle histoire qui continue."

Véronique Vaster